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Résumé :

L'Antarctique. À la tête d'une mission scientifique française, le professeur Simon fore la glace depuis ce qui semble une éternité. Dans le grand désert blanc, il n'y a rien, juste le froid le vent, le silence. 
Jusqu'à ce son, très faible. À plus de 900 mètres sous la glace, quelque chose appelle. Dans l'euphorie générale, une expédition vers le centre de la Terre se met en place. 
Un roman universel devenu un classique de la littérature mêlant aventure, histoire d'amour et chronique scientifique.

Mon avis : Une impétueuse plongée à travers la glace et les ères

Après Ravage, une vision post-apocalyptique d'un Paris ravagé par le chaos, Barjavel signe ici La nuit des temps qui retrace la découverte par des scientifiques d'une civilisation lointaine, enfouie sous les glaces du Pôle Sud. Cette civilisation daterait d'environ 900 000, serait d'origine humaine et... émettrait un signal souterrain ! Une civilisation donc, que l'on ne pouvait pas même imaginer, et qui s'impose avec fracas dans le monde entier (il semble que la communication ait un rôle très important dans ce livre). Car de plus, ce monde enfoui émet un signal pour léguer un héritage à notre humanité actuelle, dans une sorte d'oeuf d'or pur ; et cet héritage se révèle plus inattendu encore que tout le reste.

Retroussant ses manches, employant les sens et intuitions exacerbés du conteur, effectuant de minutieuses recherches, Barjavel décrypte alors cette découverte, l'insinue dans notre tête, et l'intègre telle qu'elle l'aurait été dans le monde : à travers une vague de journalistes du monde entier, de conflits sourds, d'entraides soudaines et désintéressés... Sans oublier de soulever dans l'esprit alors mouvementé du lecteur quelques questions et doutes nécessaires. Ce qui pourrait se révéler si extraordinaire pour les hommes n'est-il pas finalement trop dangereux ? Est-il de notre devoir de divulguer certaines informations en passe de changer la vie et l'avenir de l'Homme ? Ou devons-nous les détruire pour protéger notre futur ?  Devons-nous, sinon, les garder "protégées" au sein de notre fragile impression de pays développés ? 

Autant de questions essentielles qui, même si elles seront résolues par l'auteur, n'auront pas fini de tarauder le cerveau du lecteur (décidément, Mr Barjavel, vous êtes un bourreau). En fait, ces questions seront plutôt résolues par les personnages, qui sont complexes, différents, surprenants, en constante évolution à nos yeux ignorants, et qui eux-même vont se retrouver là, hébétés, soudain inutiles,ridicules, honteux, sous l'immensité du savoir qu'ils vont révéler.

Une construction simple, répétitive, qui s'exprime à travers de courts chapitres allant de 2 à 6 pages la plupart du temps. A l'image de l'écriture, elle-même très efficace et qui n'hésite pas à marquer l'importance de ses phrases par de nombreux retour à la ligne. La trame du récit est aussi très bien ficelée, grâce à la précision des descriptions et à la rigueur scientifique (indispensable dans le contexte) qui donnent le poids de la réalité à l'oeuvre et aux nombreux rebondissements. Le lecteur n'en est que plus impressionné. L'auteur fait de nous Atlas, et peu à peu, brique par brique, il pose sur nos épaules un monde de plus en plus lourd est complexe à porter. Il peint une utopie, un rêve général, et soudain, artiste irrespectueux, détruit son oeuvre, la badigeonne de noir et nous en montre tous les mauvais côtés.

Comment ne pas parler de la fin ? Si entièrement imprévisible, bouleversante, tragique. Il y a un accent Shakespearien dans ce petit morceau de la littérature française.