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Résumé

L'Assommoir était un bar, rue Poissonnière, à Paris, en 1870. C'est là, dans les vapeurs d'alcool, que se nouera la tragédie de Gervaise.
Abandonnée par le père de ses deux enfants, elle épouse l'ouvrier zingueur Coupeau. Heureux, ils travaillent douze heures par jour jusqu'à ce que Coupeau tombe d'un toit. Ils s'enfoncent alors dans la pauvreté, le vice et l'alcoolisme.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Mon avis : L'assommoir, c'est la tragédie d'une femme, la fatalité de son ménage, l'affaissement de son destin, suant la misère du tout Paris

Zola, à propos de son livre : "le premier roman qui ne mente pas et qui ait l'odeur du peuple". Quoi de plus vrai pour illustrer cette sombre fresque ? Après avoir lu La bête humaine, tragédie un peu plus romanesque, j'ai décidé d'entamer L'assommoir. Il faut avouer que c'est ce dernier qui m'a le plus surpris et, je crois dans le fond, le plus plu. C'est évidemment le plus sombre et le plus fataliste, mais c'est également le plus intéressant. 500 pages, c'est sur cette durée qu'Emile Zola développe son histoire et la chute inexorable du ménage Coupeau, attendue depuis le début, ce qui la rend plus terrible.

L'auteur entrecroise injustice, désespoir, malheur et tragique ; et les faibles moments de répits heureux accordés aux personnages ne suscitent dans l'esprit  du lecteur que de la pitié. L'espace de la vie de Gervaise qui nous est conté va de la petite vingtaine de la protagoniste jusqu'à sa mort : on voit que Zola n'a pas tenu à faire la moitié du travail. Ce qui rend le livre d'autant plus vrai et vibrant, c'est qu'à chaque fois que les personnages chutent un peu dans la misère, ça ne se passe pas sans un important travail de l'auteur : les raisons sont brillamment retranscrites et la chute racontée de manière minutieuse, extrêmement précise, sans laisser place au doute : on dirait le travail d'un orfèvre.

Les odeurs, les mouvements, c'est tout le peuple de Paris passe en grinçant dans sous l'oeil effrayé et curieux du lecteur. Zola renforce bien l'ambiance de son livre en utilisant lui-même très souvent des mots argotiques, pas seulement dans les discours, mais dans les expressions ou simplement dans les termes : "jeanjean", "zig", "paf"... C'est tout un monde que l'on côtoie, un monde brut, rêche, puant l'alcool et la sueur de l'ouvrier mal débauché, les larmes de la femme qui attend au foyer, et la faim, surtout la faim, celle qui provoque la folie et qui ronge le corps.

Assurément, de nombreux lecteurs contemporains verront, cette oeuvre achevée, leur vision du bonheur vis-à-vis de l'argent changée. Gervaise ne demandait pourtant pas grand-chose, travailler, manger, mourir dans son lit. Elle n'a même pas pu obtenir cela. C'est une très grande oeuvre que Zola signe ici, reflet d'un immense travail. Il n'est pas de ces auteurs qui croisent sentir couler la science infuse à travers leur plume alors qu'ils ne sortent pas de chez eux, L'assommoir est le reflet d'un colossal travail de documentation et de recherche sur le terrain. On lit à travers les lignes ce qu'à vu Zola, et c'est la parfois dure réalité de la vie. Cet auteur se confirme bien ici comme le chef de file des naturalistes.