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Résumé :

«De tous les carrefours importants, le visage à la moustache noire vous fixait du regard. BIG BROTHER VOUS REGARDE, répétait la légende, tandis que le regard des yeux noirs pénétrait les yeux de Winston... Au loin, un hélicoptère glissa entre les toits, plana un moment, telle une mouche bleue, puis repartit comme une flèche, dans un vol courbe. C'était une patrouille qui venait mettre le nez aux fenêtres des gens. Mais les patrouilles n'avaient pas d'importance. Seule comptait la Police de la Pensée.»

Mon avis : Fresque brillante et terrifiante d'un régime futur

Ecrite en 1950, cette terrible fable annonciatrice qu'est 1984 est signée George Orwell, écrivain à la vie mouvementée et considéré aujourd'hui comme l'un des plus grands visionnaires de son temps. 1984, c'est la plongée au coeur d'une utopie de sans doute quelques fanatiques, mais utopie qui prend une telle ampleur qu'elle devient tour à tour rêve géréral puis réalité gérérale. C'est quelque chose d'affreux, d'impensable, qui devient commun et désirable, c'est l'horreur qui devient la beauté, la pire des prisons qui devient le plus le plus voluptueux des Eden.

De tous les livres de science-fictions de ce type que j'ai lu, je cite notamment Le Meilleur des Mondes et Fahrenheit 451, 1984 est celui qui paraît le plus improbable, alors que c'est bien celui qui explique le mieux les fondements, les raisons et les engrenages de son système. Ce n'est pas non plus celui que j'ai préféré, car il est vraiment pessimiste, même si avec un peu de réflexion, je considère cela comme une grande force. Ce n'est qu'après tout une suite malheureusement logique des choses.

 Faisons donc un arrêt sur l'histoire pour tâcher de dêmeler la confusion qui règne peut être sur vos esprits. Comme le titre l'indique, l'histoire se déroule aux environs de 1984, même si rien ne nous permet de l'affirmer avec exactitude. Bon, l'auteur a eu un léger temps d'avance car beaucoup de choses décrites dans son livre ne sont pas du tout apparus, même en 2015... Le scénario se déroule autour de Winston Smith, personnage central et membre du Parti extérieur. Pour hiérarchiser brèvement : les prolétaires (85 % de la population) sont en bas de l'échelle sociale, à part et à peine considérés comme des humains. Viennent ensuite les membres du Parti extérieur, estimés à leur juste valeur car ils travaillent pour le Parti mais vivant néanmoins dans des conditions légèrement en dessous de ce que l'on pourrait appeler la classe moyenne. Enfin, la minorité la plus riche et la plus aisée, celle qui contrôle les hautes sphères du Parti : les membres du Parti Intérieur. 

Leur seul point commun : tous sont sous le joug du Parti et sous l'influence omniprésente de Big Brother, emblème du Parti (avec cette célèbre affiche : Big Brother is watching you). La devise du régime :   "LA GUERRE C'EST LA PAIX - LA LIBERTE C'EST L'ESCLAVAGE -  L'IGNORANCE C'EST LA FORCE". Lorsque les péripéties des personnages sont en suspens, l'auteur nous raconte précisemment ce que veulent dire ces phrases. Je ne pourrais vous le dire ici, le résumer serait trop dur et tout vous dire trop long. J'ai mis cela pour que vous compreniez les idéologies du Parti, et les conditions dans lesquels les "citoyens" acceptent de vivre sans broncher, et même en étant heureux. Le pouvoir de ce régime repose donc sur le contrôle absolu de tous ses membres : chaque appartement est équipé d'un télécran fonctionnant sans cesse, oeil et oreille électronique du Parti. Mais le contrôle ne s'arrête pas là et va beaucoup plus loin : le Parti contrôle également le passé, et donc le présent, ainsi que l'avenir. Le passé n'existe donc plus, car il est sans cesse remodelé, ré-écrit au profit du Parti. Et ce sont également les moeurs, l'amitié, l'amour, la générosité, les mensonges (et j'en passe !) qui sont contrôlés de manière à être réprimés le plus possible. La vie que vous menez sous les yeux imperturbables de Big Brother et vides des caméras et donc consacrée à l'amour sans borne pour le Parti ainsi qu'à une fidélité assidue. Si ce n'est pas le cas, la Police de la Pensée vous enlève, et vous disparaissez.

Voici donc quel monde envisage ici George Orwell, ce système si vaste et si compliqué, si secrètement enfoui dans quelques esprits, et pourtant à la fin si limpide et si proche qu'il n'en paraîtra que plus effroyable. Le lecteur suit avec un espèce d'engouement nerveux les évolutions de Winston, homme à part incapble d'adhérer au Parti. Au final, on se rend compte que beaucoup de choses nous dépassent, et que de nombreux de thèmes abordés dans cette oeuvre mériteraient des débats interminables, des recherches assidues et des discussions passionnées. C'est un travail immense qu'Orwell nous présente, quelque chose d'impressionnant qui nous laisse stupéfié ; on dirait l'oeuvre d'une vie.