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Résumé :

Quand la sonnerie a encore retenti, que la porte du box s'est ouverte, c'est le silence de la salle qui est monté vers moi, le silence, et cette singulière sensation que j'ai eue lorsque j'ai constaté que le jeune journaliste avait détourné les yeux. Je n'ai pas regardé du côté de Marie. Je n'en ai pas eu le temps parce que le président m'a dit dans une forme bizarre que j'aurais la tête tranchée sur une place publique au nom du peuple français...

Mon avis :

L'étranger est le premier roman D'albert Camus, et c'est également le premier livre de cet auteur que je lis. Étrangement ces deux faits ne me sont pas apparus comme si naturels que ça. D'abord parce que le style du livre semble traduire une certaine maturité littéraire qu'il ait difficile d'avoir en tant qu'écrivain novice. Par style j'entend la manière dont le livre est écrit, la profondeur des personnages ainsi que la complexité du raisonnement de l'auteur à travers son personnage. Ensuite car j'ai trouvé dans ce roman (comparaison peut être audacieuse) une résonance houellebecquienne. En effet le style est sans fioritures mais il en reste très efficace et beau parfois. Mais c'est surtout à partir du personnage que j'ai pu trouver une certaine ressemblance avec l'auteur de Soumission. On peut le constater rien qu'à partir du titre, L'étranger, qui désigne une personne à part, peu semblable au monde qui l'entoure et semblant ne pas respecter les mêmes codes. Ceux qui ont déjà lu Houellebecq devraient comprendre ce que je veux dire.

Camus s'impose rapidement avec une écriture assez particulière, "froide", faite de phrases laconiques traduisant l'indifférence de son personnage. On s'en rend compte dès le début : " Aujourd'hui, maman est morte. Ou peut-être hier, je ne sais pas. J'ai reçu un télégramme de l'asile: "Mère décédée. Enterrement demain. Sentiments distingués." Cela ne veut rien dire. C'était peut-être hier." Cette simplicité de ses phrases a quelques chose de beau néanmoins.

La force du livre est de nous placer dans la tête du personnage et de nous amener à penser comme lui. Ainsi ses actes nous paraissent normaux, ou du moins censés, et on en vient à penser à sa manière. Rien d'extraordinaire ici (mais c'est déjà une force du livre) car le personnage n'est pas non plus diamétralement opposé à nos moeurs. Toutefois dans la deuxième partie du livre, tout l'être, ou l'essence du personnage, est remise en question, dénoncée, jugée, méprisée. En effet pour l'époque ce personnage était quelqu'un de plutôt étrange, mais cette soudaine accusation provoque dans l'esprit du lecteur deux réactions : on se sent presque coupable de s'être identifié au personnage, mais surtout on condamne en même temps le jugement hâtif, irréfléchi et surtout démesuré prononcé par la justice. 

L'auteur pourrait s'arrêter ici, à une critique d'un jugement disproportionné et d'une justice partiale, toutefois il va bien plus loin et s'enfonce au plus profond de la question de la vie, dans les méandres tortueux et tourbillonnants des pensées de son personnage qui ne comprendra qu'à la fin ce qui lui arrive. Il en ressortira visiblement changé, apaisé, ou peut être juste indifférent. C'est la question humaine qu'il a retourné, cette métamorphose pourrait être la réponse. Un livre complexe, vibrant d'intensité, ravageur.