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Résumé :

Ouvrez ce livre, il est vertigineux. C'est une trappe d'où vous tombez de la hauteur de cinq siècles en plein coeur du Paris de Louis XI. Paris "avec les mille flèches de ses édifices, avec son fleuve qui serpente sous ses ponts, avec le nuage des ses fumées... " Paris et "son peuple qui ondule dans ses rues": écoliers, clercs, bourgeois, commères, marchands, gueux de toutes sortes, mendiants et faux aveugles de la Cour des Miracles, toute cette populace du Moyen Age se pressant au gibet sur le pavé de la place de Grève, et criant "Noël! Noël!" quand on pend la sorcière. An milieu du grouillement et des clameurs, trois personnages dont les destins, secoués par la fatalité, s'entrechoquent en produisant un bruit terrible le même que fera, dans la nuit d'émeute, le madrier de chêne lancé contre le portail de Notre-Dame par les truands donnant l'assaut. D'abord l'ensorceleuse, la bohémienne, l'Égyptienne, celle qui danse dans les rues au son du tambourin: ses seize ans et sa beauté sont la flamme et le soufre de cet enfer. Puis le prêtre, le damné, l'archidiacre à la tête rongée d'alchimie et à l'âme perdue de passion inavouable. Silhouette noire, figure chauve et livide, cachant "ce qu'il y a de lave bouillante, furieuse et profonde sous le front de neige de l'Etna". Enfin, claudiquant de l'un à l'autre, jappant, grognant, soufflant, non pas un être humain mais " quelque chose d'affreux, mi-homme mi-animal, plus dur, plus difforme et plus _foulé aux pieds qu'un caillou". C'est Quasimodo, le sonneur de cloches: pauvre gnome bossu, borgne et sourd, créature effrayante et grotesque, véritable délire de la nature habité par une force de cyclope. Mais ce caillou a un coeur. Le monstre pleure d'amour. Et les larmes qu'il verse sont plus brûlantes que le plomb fondu dégorgé par les gargouilles de la cathédrale sur la troupe des malandrins piétinant le parvis... Fatalité! On sort de cette lecture vaincu, titubant, abasourdi et se frottant les yeux, la tête pleine du fracas roulant de l'Histoire. Victor Hugo, visionnaire exact, érudit inspiré, nous restitue la toute-puissance évocatrice de sa plume, le bouillonnement d'un monde et le vacarme d'une époque, gravant dans nos mémoires une série de tableaux auprès de quoi les plus violents paroxysmes du cinéma contemporain font un peu figure de fantaisies à l'eau de rose pour amuser les enfants.

Mon avis :

Je tiens tout d'abord à préciser que le Notre-Dame que j'ai lu fait parti des Classiques abrégés, ce n'est donc pas l'oeuvre complète. Je le dis maintenant pour ne plus avoir à le redire, car le fait que ce livre soit abrégé a, j'en suis sûr, ôté une grande part de sa force. Ironiquement, la quatrième de couverture de cette édition abrégée semble évoquer à merveille l'oeuvre complète, et non pas celle présentée. Car après avoir lu l'intégralité des Misérables, d'une puissance implacable du haut de ses 1 500 pages, j'aurais bien dû me méfier que quelques 300 pages pour une oeuvre d'Hugo de la sorte était bien moindre. Je passe néanmoins, car si je remarque autant cela, c'est sans doute que j'étais parfaitement conscient de rater quelque chose, et j'ai au final été très satisfait par Notre-Dame de Paris.

J'avais premièrement connu Notre-Dame de Paris grâce à l'oeuvre de Walt Disney, qui a rendu cette oeuvre populaire pour les enfants. Autant vous dire que j'ai retrouvé peu d'éléments correspondants entre ces deux versions. Dans l'une, la version de Walt Disney, un récit léger, des personnages superflus avec un Quasimodo correspondant peu à la description de Hugo, une belle histoire d'amour, des exploits héroïques et un happy end, le tout sur une trame scénaristique luisante des paillettes factices du studio américain. Dans l'autre, le récit original, une histoire bien plus ancrée dans un Paris du Moyen-Âge décrit avec précision, un Paris à multiples facettes, hétéroclite et sombre. Des personnages beaucoup plus profonds, qui évoluent tout au long de l'histoire, avec notamment Quasimodo, le vrai, l'hideux, le sourd, ressemblant à un "géant brisé et mal ressoudé", mais au coeur honnête, amoureux, soumis. La galerie de personnages est d'ailleurs assez importante. Hugo, exposant encore une fois tout son génie au lecteur à la lumière de sa plume, nous dévoile l'histoire de chacun de ces personnages dans un ordre décousu et en les rassemblant à la fin, sous notre oeil ébahi et impuissant.

De nombreuses valeurs morales nous sont transmises, à travers Quasimodo surtout et ses vers maladroit : "Ne regarde pas la figure,

Jeune fille, regarde le coeur" et aussi à travers toutes les affreuses injustices qu'endureront les personnages.

L'auteur ne nous fait que le témoin incapable de ces destins sombres et lumineux qui s'entrechoquent avec fracas.

Rien de ce qu'il arrivera ne sera prévisible ou pensé à l'avance par le lecteur, car rien n'arrive comme cela aurait dû. Il y a bien sûr de très beaux moments, porteur d'émotions positives et heureuses, mais Victor Hugo semble s'amployer méthodiquement à ne pas trop faire durer ces moments, et à porter quelque chose capable de briser cet équilibre fragile. L'injustice n'en serrera que plus l'esprit du lecteur. Je tiens tout de même à rassurer ceux qui pourraient être déçus, le talent d'Hugo reste de faire transparaître la beauté à travers la plus triste et la plus effroyable des scènes. Ce livre reste un chef d'oeuvre, un gouffre qui nous emporte au beau milieu de l'histoire, à travers les lignes. Il est bien sûr conseillé à tous, à n'importe quel âge (et en édition complète).