Un petit texte que j'avais écrit pour un blog ! J'espère qu'il vous plaira :

Canada, 1898

Essouflé, je m’enfonçais en courant dans la forêt sombre. La neige épaisse ralentissait considérablement mon avancé, et ma respiration saccadée produisait d’épaisses volutes de buée, qui s’estompaient rapidement dans l’air glacé de cette fin d’après-midi.

Au loin, les cris de colère de mes poursuivants résonnèrent. Je redoublai de vitesse, malgré le froid mordant et l’épuisement qui rendait pénible le moindre mouvement.

La course. Elle durait depuis un bon moment, désormais. Mais j’avais arrêté de compter. Arrêté d’espérer qu’ils abandonneraient. Je me concentrai sur les battements fous de mon cœur, et sur les cris courroucés qui résonnaient par intermittences dans l’atmosphère froide du Grand Nord.

Il y avait maintenant à peine un mois, je débarquais au Canada, avec pour seul compagnon un sac à dos bien chargé, et dans mon cœur l’espoir fou de faire fortune en trouvant de l’or. Nous étions en pleine période où l’on se précipitait dans le Klondike, dans l’attente la plus souvent vaine d’y trouver le précieux « métal jaune ». Mon périple jusqu’à Dawson, grande ville où chaque chercheurs d’or venait s’abriter avant de s’aventurer dans la nature farouche, s’était déroulé sans grandes encombres, jusqu’à maintenant. Forcé de m’aventurer plus loin dans les terres sauvages, je fis la rencontre de chercheurs d’or légèrement plus âgés que moi. Ils acceptèrent que je les accompagne dans l’aventure. Mais ils durent me trouver gênants car, quelques jours plus tard, ils m’accusèrent injustement de leur avoir volé du précieux matériel. Redoutant la haine et l’avidité qui habitaient leurs âmes, je pris la fuite.

Maintenant, je courait pour leur échapper, je fuyait pour survivre.  Ereinté, la fuite ne semblait connaître de fin. Je sautai, courrai, trébuchai, me relevai prestement, je me baissai pour éviter  une branche… Et le manège infernal continuait.

Mais alors que je m’apprêtais à m’effondrer, alors que toute force était sur le point de me quitter, alors je sentis sa présence. Cette impression étrange de ne pas être seul, et d’être observé. Mais en cette présence invisible, je ne décelais aucune once de malveillance. C’était même tout le contraire. Je percevais plutôt cela à la façon dont on considère son ange gardien, et je ne savais même pas pourquoi. Avec elle, je me sentais en sécurité, tel une forteresse imprenable. 

Plissant les yeux pour tenter de discerner quelque chose à travers l’amas de feuilles, cette aura mystérieuse m’apparut soudain.

Un loup.

Oh, pas un loup que l’on croiserait dans un parc animalier quelconque, mais assurément le plus grand, le plus sauvage et le plus majestueux loup qui soit.

Son pelage était immaculé, ses yeux d’un bleu profond. Il me regardait, et je vis dans ses yeux qu’il me comprenait. Il m’offrait, en un merveilleux cadeau, des images fugaces d’appels sauvages et d’ivresses de libertés : de longues cavalcades au clair de lune, des hurlements harmonieux qui se répercutent d’étoiles en étoiles, les larmes d’ébène de la nuit tombant sur l’horizon dès que venait le crépuscule…

Il était une part de moi, et j’étais une partie de lui.

Par malheur, notre échange aveugle prit fin, car les hommes qui me pourchassaient arrivaient justement, à une petite distance de nous.

Surpris, et même effrayés pour certains, ils s’arrêtèrent devant la vision qui s’offrait à eux. Le loup en profita pour me passer devant le plus naturellement possible, mais avec une telle puissance contenue que les hommes reculèrent. Il commença alors par montrer les crocs, puis il hurla. Longtemps. Suffisamment longtemps pour les hommes ne soient plus qu’un lointain souvenir, courant et s’éparpillant dans tous les sens au criant au diable.

Le loup se retourna, et s’approcha de moi pour venir frotter son museau humide contre mon torse. Je frissonnais à ce contact. Quand il eut terminé, ce fut comme si un pacte mystérieux avait été scellé entre nous. Encore une fois, il poussa un long hurlement. Cette fois-ci, c’était un cri de victoire, et je me surpris à me joindre à lui.  Le hurlement avait jailli tout seul de ma gorge, et je sus alors que nous ne nous quitterions plus.

Je n’avais pas peur. En plus de le voir, je sentais sa présence rassurante à mes côtés.

Je m’appelle Jack London, et je sent que cette histoire est le début d’une aventure.

D’une grande aventure…